Pourquoi l’action concentre toute notre attention ?

En suivi au dernier article : «Les ingrédients du changement», je tente aujourd’hui d’expliquer pourquoi nous avons tendance à vouloir rapidement passer à l’action négligeant ainsi certaines étapes importantes du changement.

Cette question est fondamentale, car elle sous-entend qu’un passage trop rapide à l’action se fait au détriment d’un changement significatif et durable.

La première raison de passer rapidement à l’action est que notre société occidentale dite « développée» valorise les gens d’action, les réalisations et les projets.   Le temps passé à agir concrètement sur du tangible est au centre de nos valeurs occidentales.  Ne pas agir est associé à de la paresse.  Paradoxalement,  nous admirons la sagesse et l’esprit des moines tibétains.

La deuxième raison est que notre société valorise non seulement le temps passé à agir, mais aussi la quantité d’actions réalisées dans cette cible temporelle.  En bref, plus on en fait, plus on est reconnu. Paradoxalement, une grande partie de travailleurs comptent les jours avant leur retraite, nous rêvons aux plages du sud et espérons gagner à la loterie «Bye-bye boss».

La troisième raison est le lien que nous faisons entre l’action et la réussite.  Ainsi, malgré les paradoxes cités précédemment, les valeurs sociales liées à la quantité d’actions menées en un minimum de temps soutenues par la médiatisation des succès d’athlètes, d’entrepreneurEs, d’artistes, de politicienNEs, etc. sont suffisantes pour motiver notre comportement d’hyperactif (ve).

Vous aurez compris que dans ce schéma de valeurs, le temps passé à nous construire nous-même (individuellement ou collectivement) n’a pas sa place.  Or c’est justement ce temps qu’il est important de prendre si on veut réaliser de véritables changements significatifs et durables.

Évidemment, plusieurs me diront que c’est dans l’action qu’on se construit. Bien sûr que oui ! Encore faut-il en être conscient !  Autrement dit, il faut être conscient que nous passons à l’action rapidement pour se tester, pour s’évaluer et pour mieux travailler ensemble (ou sur nous-mêmes) afin de réaliser pleinement le changement souhaité.

Hélas, cette conscience est plutôt rare.  On agit rapidement pour régler rapidement la situation et pour que le changement s’opère le plus rapidement possible.  C’est là notre plus grande erreur !

C’est parce que nous croyons pouvoir tout régler rapidement et avec succès que nous frappons l’échec, qu’on se décourage et qu’on abandonne.  

Dans le cadre du développement territorial, par exemples, nous oublions que ce développement n’est pas l’œuvre d’une personne, mais bien de la synergie forte et permanente entre une multitude de personnes qui doivent prendre le temps de s’apprivoiser, se connaître, se comprendre, se respecter et s’organiser.  Bref, elles doivent prendre le temps de se construire (dans une «mise en commun organisée», ce que certains auteurs appellent le «NOUS») tout en construisant ensemble leur ambition collective par la réalisation de projets structurants.

Sans la construction d’une force collective capable d’agir de façon cohérente, nous ne parviendrons pas à des changements territoriaux significatifs et durables même si nous menons des projets structurants.

Pour conclure, il est important d’être conscient que nous sommes en action autant dans les projets structurants que dans la construction du NOUS.

3 réflexions sur “Pourquoi l’action concentre toute notre attention ?

  1. Dans un environnement global, si les intérêts personnels sont plus difficiles à intégrer mais pas impossible, il y a moyen de trouver son compte dans une action collective mais le processus sera beaucoup plus lent.
    Le réflexe de bâtir rapidement des projets pour stimuler un intérêt chez les participants ne donne que des résultats mitigés. Il faut maintenir de hautes aspirations, sans pour autant pelleter des nuages. Il y a-t-il une réelle satisfaction pour les retombés tant économiques que sociales avec des réalisations à faible portée?
    La réunion de développeurs doit viser des projets porteurs qui amènent de l’emploi, une cohésion dans l’action, un impact significatif et très important; forger une identité qui motive les gens à préférer son coin de pays pour la qualité de vie.
    L’éventualité d’un échec de projet collectif n’est pas une fin sans lendemain. De l’expérience acquise, les participants peuvent redéfinir leurs choix de coopérations, voir d’amitié. Qui veut faire des projets avec des gens qui vous sont incompatibles.
    Tenter de changer les choses en se regroupant, tisser des liens sociaux et briser l’isolement constituent un geste pro-actif face à la morosité et au chialage permanent.

    Claude Sévigny

    • Si tous les gens qui s’engagent en développement territorial, peu importe qui ils sont : élus, citoyens, gestionnaires et professionnels pouvaient avoir ton discours, on finirait par avancer plus rapidement. Ce qui fait avancer, c’est quand les gens quittent certaines fonctions ou tâches de l’action collective, mais ne quittent pas définitivement le bateau du développement. Dans ce cas, les apprentissages demeurent. Par exemples, un maire ou un élu qui n’est pas réélu pourra toujours s’engager comme citoyen. Un citoyen leader d’un gros projet pourra quitter ce projet, mais s’engager dans un plus petit. L’important est de maintenir les acquis sur le territoire. Les apprentissages devraient être le produit et le carburant des développeurs (Mercier-Bourque, 2012). Hélas, il y a un peu trop de « héros » qui s’engagent. Dès que ça ne réussit pas comme ils le souhaitent, ils débarquent définitivement, car ce n’est pas assez « payant » pour leur image.

  2. En plein dans le mil
    Ceux qui s’impliquent ont des égos parfois démesurés, il faut juste qu’ils prennent le temps de se demander; au delà de leurs images, sont-ils heureux quand ils apportent leurs contributions.
    Ça prend beaucoup d’humilité pour passer d’élu à simple citoyen et continuer de forger des améliorations dans sa communauté.
    En quatre ans, j’ai arrêté de regarder le train passer; j’ai appris le fonctionnement de certaines procédures, j’ai pris connaissance de mon milieu et j’ai compris que la volonté d’intervenir n’avait aucune limite mais qu’il faut aussi en payer un certain prix. C’est vrai, l’implication citoyenne est un apprentissage qui bonifie sa propre vie.

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