Petit état de la ruralité québécoise

J’ai hésité longtemps avant d’écrire cet article.  Pourquoi?  Parce que j’étais pris entre broyer du noir et garder l’espoir.  Je m’explique.

En fin de semaine, j’ai lu un article du Journal de Québec intitulé : « Villages en voie de disparition ».

En tant qu’animateur de territoire, une de mes fonctions consiste à «encourager et reconnaître» les efforts qui sont essentiels à améliorer la qualité de vie des communautés.  Comme vous l’avez constaté, le titre de cet article est guère encourageant.  Pire encore, le résumé va comme suit : « Le Québec est en train de vivre un important exode de sa population rurale vers les villes. Plusieurs petites municipalités ont perdu de nombreux services si bien que certains villages se retrouvent en grande difficulté ».

De plus, quelques chiffres viennent argumenter le tout.  Entre 2004 et 2015, les villages de moins de 4 500 de population ont perdu 94 000 habitants, alors que les villes de plus de 20 000 de population ont gagné 675 000 habitants.

Évidemment, il s’agit d’un constat très global puisque nous savons que, dans le Haut-Saint-François par exemple, Ascot Corner, Cookshire-Eaton, East Angus et Westbury, qui ne dépassaient pas les 5 000 habitants en 2004, ont toutes connu une augmentation de leur population.

Enfin, l’article se poursuit avec une lueur d’espoir.  En effet, «…le directeur de la Chaire de recherche en développement des petites collectivités de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, Patrice Leblanc, refuse de jeter l’éponge.  Selon lui, il y a plusieurs modèles de développement qui peuvent fonctionner. Chaque communauté doit trouver le sien. Le fait d’avoir un leader dans le village qui est capable de mobiliser la population autour de lui ou autour d’un projet ou d’une idée est une formule gagnante.  Par exemple, Saint-Élie-de-Caxton en Mauricie était un village en déclin avant que le conteur Fred Pellerin le fasse connaître. Depuis, la municipalité connaît un essor intéressant.  À Sainte-Marcelline-de-Kildare, dans Lanaudière, on s’est aussi relevé les manches après le départ de la Caisse Desjardins en juin 2015.»

Bon, enfin de la lumière au bout du tunnel ou plutôt on commence à y voir plus clair quand la communauté décide de se relever les manches et de prendre son développement en main.

Dans tous les cas, manches ou non relevées, il ne faut pas oublier que ce n’est pas un projet qui change tout, mais bien un processus dans lequel une succession de projets animée par des leaders soutenus par leur communauté tentent d’atteindre une vision partagée du développement souhaité.

En conclusion, faire des efforts concertés et cohérents ainsi qu’encourager et reconnaître ses efforts (soutien et accompagnement techniques et financiers) serait très important et incontournable afin d’éviter le déclin des villages, ce qui est rassurant, car on tient une solution. Ouf !!!

D’autant plus que ce matin, j’ai lu cet article paru dans Néorurale.ca , signé par Cynthia Rivard (ex de Solidarité Rurale du Québec) et intitulé : « Déclin des régions ou déclin de l’information ? ».  Cynthia remet la chose rurale en perspectives en mentionnant notamment que sur les 200 municipalités dites dévitalisées en 2000, il en reste 150 et que globalement la ruralité ne décline pas.  Comme Patrice Leblanc cité plus haut, Cynthia nomme quelques villages qui se sont revitalisés malgré une situation qui les destinait à disparaître.

Dans la foulée, je garde le meilleur pour la fin, voici un article d’Éliane Thibault paru dans le Journal de Montréal est intitulé : « S’en sortir grâce à sa géographie » qui met en scène nul autre que Lingwick, l’une des 14 municipalités du Haut-Saint-François.

Alors, restons positifs, la ruralité ne se meurt pas!

D’un autre côté, il ne faut pas jouer à l’autruche et éviter de voir certaines réalités en face.  Cacher des faiblesses par orgueil est sans doute la meilleure façon de ne pas y faire face.  Or, compte tenu de leurs spécificités dans notre contexte sociétal (valeurs sociales, cultures, normes), les villages ruraux sont condamnés non seulement à se solidariser mutuellement, mais à innover.  Les solutions aux difficultés rencontrées ne peuvent pas se trouver dans les solutions utilisées dans des situations autres que celles des villages ruraux : faible densité de population, communautés éloignées les unes des autres et des grands centres, peu de services privés ou publics, etc.

C’est en faisant différemment et en trouvant des solutions créatives que les villages en difficultés réussiront à s’en sortir.

Voici une série de problèmes identifiés par des élus et des citoyens de villages cités dans l’article du Journal de Québec.

On reçoit des touristes et ils n’en reviennent pas à quel point on n’est pas développé. Les gens de la ville ne sont pas capables de texter ou de recevoir leurs appels quand ils sont ici. Le premier guichet automatique est à 35-40 km. Certains touristes arrivent avec 5 $ dans leurs poches et ils doivent faire une demi-heure de route pour aller chercher de l’argent.

Quand on a des maisons à vendre, c’est difficile pour les acheteurs d’avoir un prêt auprès des institutions financières. Pourquoi? À cause de la qualité de l’eau.

Ça ne peut pas être bien perçu quand on perd nos services. Comment faire pour attirer des jeunes ici ?

Alors, quelles solutions, innovantes ou non, peut-on trouver face à de tels problèmes ?

Pour ceux qui aiment les analyses statistiques, voici un article sur les flux migratoires au Québec :  »Quelles régions gagnent et perdent au Québec ? ».

 

 

 

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5 réflexions sur “Petit état de la ruralité québécoise

  1. J’ai pensé à toi lorsque j’ai lu cet article écrit par l’un de mes confrères journalistes. Ton travail fait partie des solutions. Il faut travailler en concertation, de façon stratégique, pour développer et mettre en valeur les forces de notre région pour ensuite démontrer concrètement les bénéfices aux citoyens. Nous devons aussi offrir une meilleure vitesse internet pour attirer les plus jeunes, mais aussi pour permettre à plus de personnes de travailler à domicile. On peut attirer non seulement les entrepreneurs ou travailleurs autonomes, mais aussi des professionnels qui travaillent de plus en plus quelques journées en télétravail.

  2. Deux éléments me viennent en tête bin à frette, avant même d’avoir approfondi ma réflexion sur ton article. Le premier, se pencher sur le potentiel de sa municipalité pour en trouver les forces et miser dessus et reconnaître les faiblesses pour les corriger et en améliorer les incidences négatives. Au diable les projets grandioses qui reposent sur de grosses subventions et qui pourraient fonctionner trois, quatre ou cinq ans. Ce qui ne veut pas dire de se priver des graines que le gouvernement nous retourne après avoir perçu des deniers publics de nos citoyens ou après avoir coupé dans les subventions municipales… (disons que j’ai, depuis bien des années, une grosse crotte sur le coeur depuis que des élus provinciaux ont redonné aux municipalités la responsabilité de leur système routier sans leur en donner les moyens financiers nécessaires, la 257 en est un exemple probant, surtout qu’elle est un accès au mont Mégantic). Ils, ces projets, doivent correspondre à la réalité de la municipalité et c’est sur cette dernière qu’il faut miser d’une façon particulière. J’aime la mine d’or de Chartierville et sa côte magnétique. La population veut s’en servir et tout autour, se greffent déjà des artisans, des artistes et je trouve ça très créateur. Est-ce que des gens viendront habiter l’écohameau en devenir. Une richesse sur laquelle miser ? Aux élus, aidés de la population d’en décider.
    Deuxièmement, un développement se fait rarement seul. Son environnement, les municipalités autour ont elles aussi des richesses, des atouts et des problématiques pour lesquelles il faut trouver des solutions. Chauvin comme je le suis, je vais rester autour du mont Mégantic, son observatoire, ses parcs. Quel potentiel ! On vient d’instituer un regroupement des six municipalités périphériques bien que certaines soient dans la MRC voisine. L’entraide n’a pas de frontières. L’idée n’est pas nouvelle, on avait créé un société intermunicipale de développement touristique du mont Mégantic dans les années 90. Et ça portait du fruit. On la relance et c’est tant mieux. Je crois fermement que la coopération entre nos municipalités va donner un gros coup de pouce aux six municipalités. Surtout si ensemble, elles insistent pour qu’on ait un internet de qualité, puisque la notion de télétravail a été abordée plus haut. Coopération, un maître-mot selon moi ! Coopération pour caisse pop, bureau de poste, et autres services paragouv et gouvernementaux, coopération pour un circuit de services locaux comme des comptoirs dans des dépanneurs qui pourraient remplacer les guichets automatiques, circuits pour mettre en valeurs les spécificités locales et son potentiel d’accueil et de rétention de la population qui viendrait s’y établir. L’expérience de St-Camille est à retenir, bien qu’elle ait eu des problèmes.
    En synthèse, concevoir des projets réalistes et coopérer avec ses voisins pour créer une masse critique d’attraits en tous genres, une solution gagnante !

    Bin à frette comme réflexion, j’m’en scuse !

    Jean-Claude Vézina, journaliste

  3. tout à fait d’accord, c’est sur qu’il faut faire les choses dans une optique de solidarité mais ce sera toujours le facteur humain qui rend possible toutes les solutions proposées.

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