Les ruraux doivent saisir leur chance!

Il y a longtemps que je n’avais pas fait référence à Bernard Vachon, notre gourou québécois du développement des régions.

Avec la profondeur habituelle de ses réflexions, il signe une suite de deux articles parus dans le site Nous.Blogue (le blogue de l’action collective au Québec) et intitulés : Pour une géographie volontaire de l’espace habité au Québec 1e partie et 2e partie.

Il y parle notamment de notre façon dépassée de concevoir et ainsi d’organiser le développement socio-économique de nos territoires.  Selon lui, nous sommes encore dans le paradigme des années 50 à 90 alors que la population rejette ce modèle fait de concentration, de pollution et d’insécurité, voici une série d’extraits de ces deux articles.

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Quels que soient leurs motifs, les urbains sont de plus en plus nombreux à vouloir quitter les pôles urbains pour s’installer dans les villes petites et moyennes et à la campagne. Il s’agit, pour ces candidats à l’exode urbain, d’un choix réfléchi, rationnel. Les migrations interrégionales témoignent de cette tendance.

Malgré les changements structurels profonds dont témoignent plusieurs indicateurs, rares sont les politiques et les collectivités territoriales qui les prennent en compte et qui préparent les milieux et les populations à changer d’époque et de mode de développement.

La prospective (voir l’article précédent de juillet 2014 : « Réfléchir et agir aujourd’hui en pensant à demain ») est une approche très peu présente dans les stratégies et plans d’aménagement et de développement de nos cadres de vie et de production. Les grandes orientations d’aménagement du territoire sont très souvent sclérosées dans les visions des années 50 à 90, alors que le monde change et avec lui le rapport des populations et des activités économiques avec l’espace.

L’aménagement du territoire ne doit plus se limiter à accompagner et à encadrer les mouvements de croissance. Il doit les orienter de façon à dessiner une géographie de l’occupation et de la vitalité de l’espace habité qui soit conforme au projet de société, reflet des évolutions en cours et des valeurs collectives, tel le développement durable.

Deux grands enjeux se posent : le développement durable des grandes villes et l’équilibre des territoires pour plus d’égalité et de justice sociale. Des enjeux qui soulèvent trois principaux défis.

1er défi : Densifier, verdir et réhumaniser les grandes villes

2e défi : Réoccuper et dynamiser les régions en misant sur la nouvelle économie et la transition numérique

Si les infrastructures et les équipements urbains de types autoroutes, réseaux d’égouts et d’aqueduc, systèmes de transport, parcs industriels, centres d’achats et terrains de stationnements ont caractérisé le développement de la société industrielle concentrée (urbaine), l’aire postindustrielle réclame davantage des écosystèmes. C’est-à-dire des milieux de vie et de travail qui réunissent les éléments économiques, financiers, sociaux, culturels, technologiques et environnementaux qui, en interaction, vont favoriser le bien-être des citoyens tout autant que l’initiative et le succès économique.

Ces milieux, conjugués à des expertises spécifiques sont qualifiés de « territoires intelligents », (traduction de smart cities ou smart territories).

Selon Giffinger, les villes intelligentes peuvent être identifiées et classées selon six dimensions principales[9]. Ces critères sont : une « économie intelligente », une « mobilité intelligente », un « environnement intelligent », des « habitants intelligents », un « mode de vie intelligent » et, enfin, une « administration intelligente ».

Un article paru dans Le Parisien du 26 août 2015 intitulé : «Réinventer les campagnes de demain grâce aux « villages intelligents » ultra connectés» souligne par l’intermédiare de René Souchon (président de la région française du Cantal) : « Le numérique, c’est le principal levier du territoire rural d’aujourd’hui. Sans une stratégie de développement en la matière, c’est tout un territoire qui va péricliter ».  Les +smart villages+, c’est permettre aux territoires ruraux d’entrer dans la troisième révolution industrielle ».

L’approche systémique, associée à la prospective, s’impose aujourd’hui aux plans et stratégies d’aménagement et de développement du territoire.

Le démarchage et l’aide financière et technique au démarrage d’entreprises ne sont que des éléments de ces écosystèmes. La vision, l’audace et le courage politique assureront leur formulation et leur mise en œuvre. La rapidité et la profondeur des changements ne s’accommodent plus des solutions établies. Il y a obligation d’innovation.

3e défi : Revaloriser et recomposer les territoires ruraux

La ruralité d’aujourd’hui et de demain ne sera jamais plus celle des années 40 et 50. Elle est inscrite dans la modernité et se fait terre d’accueil pour de nouveaux résidents, de nouvelles activités et de nouvelles valeurs.  Elle évolue à travers des liens d’interdépendance et de complémentarité avec la ville.  La modernité n’est pas synonyme d’urbanisation et l’adhésion du monde rural à la modernité ne doit pas se traduire par son urbanisation.

La plus grosse menace, c’est le promoteur immobilier privé. Il agit souvent au détriment du culturel et du paysager. Bien que transformé dans ses fonctions, le milieu rural peut conserver son identité et sa distinction.

Une autre menace est liée à un déficit de connaissances et de pratiques d’un aménagement et d’un urbanisme spécifiques aux territoires ruraux. Du fait de ce déficit, le réflexe est d’appliquer des modèles et des règles qui ont été conçus pour des milieux urbains. Les conséquences seront négativement ressenties : la campagne devient une imitation de la ville.

La nouvelle ruralité n’est plus associée aux seules fonctions agroforestières, et de pêche en zones côtières, mais à une cohabitation de fonctions qui fait la part belle à l’économie du savoir que favorisent la démocratisation du numérique et des nouvelles technologies d’information et de communications.

La fibre optique et les liaisons par satellites ont remplacé le tracteur dans plusieurs rangs et des activités de transformation et de services, complétées par le télétravail et la fonction résidentielle, redonnent vie à des secteurs désertés par une agriculture de misère sur des terres pentues et rocheuses.

L’activité agricole n’est pas pour autant abandonnée là où les sols ont un réel potentiel de mise en valeur. La pratique conventionnelle y côtoie de nouvelles formes d’agriculture en termes de taille des unités de production, de choix de production, de mode de gestion, de niveau d’investissement, de méthodes culturales (agriculture biologique, agriculture raisonnée…), de conciliation travail-famille-engagement extérieur.

Edgar Morin nous rappelle :

« …la nécessité de s’inscrire dans une action continue en faveur de deux courants qu’il faut développer: la réhumanisation des villes et la revitalisation des campagnes. Cette dernière comporte la nécessité de réanimer les villages par l’installation du télétravail, le retour de la boulangerie et du bistro »[7]

On comprendra « l’installation du télétravail » comme la participation à la nouvelle économie et « le retour de la boulangerie et du bistro » comme un appel aux activités de production et de cohésion sociale.

Changer notre regard sur l’avenir et agir avec audace

Élus, chercheurs, entrepreneurs, analystes… ne sommes pas là pour perpétuer des façons de faire élaborées dans des contextes qui ont peu à voir avec les réalités d’aujourd’hui ! La force et la rapidité des changements obligent à l’innovation, à l’audace et au courage.

L’époque actuelle nous invite à revoir nos modèles. Dans le cadre de cette réflexion, il faut voir ce qui émerge déjà. Qu’on le veuille ou non, c’est à partir de cette émergence que l’avenir sera construit.

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