Là où il fait bon vivre! Mais encore ???

«Là où il fait bon vivre!» est une petite phrase clichée que l’on voit à l’entrée de plusieurs municipalités québécoises. L’histoire ne nous dit pas s’il fait mieux vivre là qu’ailleurs.

Cependant, on peut facilement imaginer que plusieurs citoyens aiment bien vivre là où ils habitent alors que d’autres, s’ils le pouvaient, iraient bien vivre ailleurs.  En effet, tout citoyen n’habite pas là où il habite par pur choix de bien y vivre.  Les raisons d’habiter dans une municipalité sont très variées et ne tiennent pas uniquement compte de cette quête d’un bonheur sublime à y vivre.

De plus, si «les bottines suivent bien les babines» les municipalités qui s’affichent ainsi font-elles suffisamment d’efforts bien ciblés pour atteindre un tel objectif?

Penser et viser le long terme n’est ni facile, ni naturel. Cela implique un effort mental fait de concentration, d’imagination et de confiance en soi (Jean-Louis Servan Shreiber, Trop vite, Albin Michel, 2014).

On croît souvent à tort que toute promotion «fait la job», mais on ne vend pas un milieu de vie comme on vend n’importe quel produit commercial. Dans la décision de s’installer vivre dans une communauté il y a une complexité plus grande que dans celle d’acheter une bouteille d’eau.

Malgré tout, chaque année, le magazine Moneysense publie le «Palmarès des municipalités où il fait bon vivre», qui l’eût cru?  Je me suis donc intéressé à savoir comment ils pouvaient encadrer une décision subjective dans des critères objectifs.

Incroyable!  Pour le palmarès 2015, les enquêteurs de Moneysense ont analysé 209 villes canadiennes selon 34 critères, regroupés dans les catégories suivantes (le pourcentage sur 100% représente leur part, et donc leur poids, dans le pointage de chaque municipalité) :

Accès à la richesse (28%) : le revenu familial; l’accès à la propriété; le prix des maisons; le nombre de véhicules de luxe; l’état des véhicules; …

Données démographiques (17%) : l’accroissement de la population; le taux de chômage; …

Déplacements (11%) : les habitudes de transport (marche, vélo, transports en commun, automobiles); …

Soins de santé (10%) : l’accès à un médecin de famille; le coût des soins de santé par mois et par famille; …

– Température (10%) : le nombre de jours sous zéro degré Celsius;  le nombre de jours d’ensoleillement; …

Niveau de taxation (7%) : le niveau de taxation foncière; le niveau de taxation foncière en proportion du revenu; le niveau d’impôt sur le revenu; …

Sécurité (7%) : le taux de criminalité; …

Infrastructures (6%) : le nombre d’infrastructures publiques (hôpitaux, universités, etc.); …

Activités culturelles, loisirs et sports (5%) : l’accès à des activités culturelles, sportives ainsi qu’à des services de loisir; le nombre d’employés dans le secteur de la culture, des arts du sport et des loisirs; …

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Dans ce classement général sur 209 municipalités, Sherbrooke prend la 48e place en progression par rapport à 2014.  Alors que Québec arrive à la 10e, Rimouski 27e, Montréal 161e, Drummondville 192e.  Et c’est Boucherville (1e) qui remporte la palme canadienne devant Ottawa (2e).

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Soulignons d’une part que ce classement attribue un poids important (28%) à la richesse alors que les liens sociaux notamment par les activités culturelles, de loisirs et de sports n’influencent les résultats que pour 5%.  Pourtant, plusieurs chercheurs internationaux ainsi que l’OCDE ont largement démontré que les liens sociaux étaient l’une des sources principales du bien-être des populations. D’autre part, on voit que le niveau de taxation ne représente pas un poids prépondérant avec 7% (voir en ce sens l’article précédent sur le mythe des taxes municipales).

Et ce n’est pas fini! Moneysense est allé jusqu’à distinguer des catégories à l’intérieur de son classement général. Par exemples :

  • la municipalité canadienne qui se démarque pour élever des enfants est St-Albert en Alberta (4e au classement général).  Les données suivantes sont analysées spécifiquement : coût public moyen mensuel par enfant, pourcentage de familles ayant des enfants, le pourcentage de population âgée de moins de 15 ans.
  • le meilleur endroit pour passer sa retraite est Ottawa (2e au classement général),
  • la municipalité la plus accueillante pour les nouveaux immigrants est Saanich en Colombie-Britanique (12e au classement général).

Aucune municipalité québécoise ne se retrouve dans les 10 premières municipalités de chacune de ces trois catégories, alors que quatre municipalités québécoises se retrouvent dans les 10 premières au classement général : Boucherville (1e), Blainville (5e), Lévis (8e) et Québec (10e).

Pour les intéressés, vous pouvez consulter le classement complet ainsi que la méthodologie.

2 réflexions sur “Là où il fait bon vivre! Mais encore ???

  1. En fait,je crois que l’accès à la richesse dans ce classement correspond à des attentes de citadins ou futurs citadins tandis qu’en région; les valeurs diffèrent à cause du sentiment d’appartenance, d’une orientation philosiphique différente comme une consommation modérée,une meilleure évaluation du temps de vie personnelle. C’est surtout l’emploi qui retient les habitants de grosses villes, pour les aglomérations de moindre volume; on cherche la beauté de l’environnement, l’offre culturelle et une certaine effervescence au niveau des actions municipales.

  2. Pingback: Le secret des territoires qui réussissent | Avenir Haut-Saint-François

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