Inventer un nouveau modèle

Et si de notre modèle économique venaient nos problèmes socioéconomiques?

Ah, ce fameux modèle économique «de libre marché» fondé sur le profit et la propriété, censé réguler les échanges et équilibrer nos relations en société.  N’est-il pas quelque peu responsable de cette ruralité à deux vitesses, une qui se vit et l’autre qui se meurt?

Ce fameux modèle qui ne régule plus grand chose si ce n’est l’esprit de performance, la compétition, la division, l’individualisme, les inégalités croissantes entre individus et nations ainsi que les calculs purement comptables à courte vue réduisant notre solidarité et notre créativité à quelques gestes ponctuels (souvent de pitié, de programmes télé et de messages textés) condamnant les consciences, de plus en plus fatiguées, à poursuivre un chemin solitaire loin de réels liens sociaux et de l’action collective sources d’épanouissement et de bonheur surpassant sans contredit tous ces médicaments de l’âme en constante consommation croissante.

On a beau me faire croire que ce fameux modèle crée de la richesse et de la plus-value en donnant les mêmes chances à tous, regardons les choses de plus près.

Que trouve-t-on réellement au centre de ce fameux modèle? Des intérêts financiers et politiques issus d’un power-trip égocentrique propre à une poignée d’humains (le plus souvent des hommes).  Ils ne sont que quelques uns, en marge de l’espèce, ayant réussi à faire croire à la grande majorité que le bonheur n’est pas dans le près, mais plutôt dans les avoirs en quantité.

Est-elle là la véritable nature humaine?  Un tel modèle nous allume-t-il vraiment ou nous endort-il définitivement dans une course sans fin à l’avoir nourricier de quelques fortunes déjà bien installées?

La vraie nature humaine n’est-elle pas dans la créativité et la solidarité?  Dans un idéal commun de paix et d’harmonie, dans un modèle où on est simplement bien d’être en vie?

Oh, j’en entends déjà plusieurs me dire que je plane à 10 000 lieux dans les airs et que le communisme, preuves à l’appui, est un échec retentissant peu importe le pays.  À vrai dire, je ne sais même pas ce qu’est le communisme et je m’en fous. Tout ce que je sais, c’est que notre fameux modèle, fondé sur l’avoir et la soi-disant liberté, amenuise notre être en le rendant réellement malade. Et même cette pathétique maladie profite à la poignée d’aisés, car tout est bon à «sucer» dans une économie de marché. Une société malade, comme Fromm le disait, est :

une société qui crée de l’hostilité mutuelle, de la méfiance, et qui transforme l’homme en un instrument exploité par les autres, qui le prive du sentiment d’avoir de la valeur, sauf dans la mesure où il se soumet aux autres et devient un automate.

Puisqu’il est toujours difficile d’admettre que l’on puisse inventer des modèles autres que celui trop bien ancré, voici trois exemples bien réels qui démontrent que l’humanité et la grandeur d’être peuvent largement l’emporter sur l’avoir et l’étroitesse d’un modèle fameusement déséquilibré.

Le premier exemple est québécois et me vient de cet article de Chantal Guy paru dans La Presse Plus du 15 novembre 2014 intitulé : «Le temps plein de Fred Pellerin, le boom de St-Élie». Le célèbre conteur explique le dynamisme de son village qui a connu une augmentation importante du nombre d’enfants en peu de temps.

Nous autres, on a injecté des idées dans notre économie. Pour ceux qui aiment parler en chiffres, ils n’ont qu’à téléphoner pour voir ce que ça fait en retombées : 54 000 visiteurs, ça rapporte énormément.

Pour mieux comprendre encore, il suffit d’écouter sa chanson : C’est combien ?, qui parle de « la flambée du prix de l’indécence » et qui a comme exergue cette célèbre phrase d’Oscar Wilde : « Le cynisme, c’est connaître le prix de tout et la valeur de rien. »

Le deuxième exemple est allemand. À l’heure où notre agriculture se cherche entre l’intense production et la production de proximité, un modèle est né sous la forme d’une coopérative de solidarité, jusqu’ici rien d’innovant. L’innovation vient du fait que la ferme est autogérée par les producteurs et les consommateurs.

La coopérative GartenCoop invente un nouveau mode de production : 290 associés responsables d’une ferme de neuf hectares, dont ils se partagent chaque semaine la récolte, nourrissant 600 personnes. Solidaires les uns des autres, ils supportent les coûts et les risques de ce projet agricole écologique basé sur une philosophie résolument autogestionnaire. Chacun choisit la hauteur de sa contribution financière aux charges, et participe, même modestement, aux travaux agricoles. Un modèle inspirant qui essaime peu à peu.

Ce modèle s’inspire clairement des expériences d’« agriculture soutenue par la communauté » (ASC) existantes en Amérique du Nord, ou des Amap (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne) en France. L’idée est qu’une communauté de personnes porte la responsabilité d’une exploitation locale et se partage la récolte au rythme hebdomadaire. La communauté s’engage à financer à l’avance les coûts de l’agriculture et à partager les risques.

Le système SoLaWi permet de libérer l’agriculture d’une partie des contraintes de l’économie de marché et de se concentrer sur le respect de l’environnement, la qualité des produits, la fertilité des sols, la biodiversité et la valorisation des savoir-faire.

La GartenCoop de Fribourg se rapproche peu à peu de l’autonomie en fertilité avec un modèle agroécologique conséquent. Le système compte des rotations longues et un petit troupeau de vaches allaitantes.

Le troisième exemple est espagnol. J’y ai fait référence dans deux articles précédents. Il s’agit d’une véritable démocratie participative implantée dans le village de Marinaleda en Andalousie.  Ce modèle prouve qu’il permet d’atteindre de bons résultats socioéconomiques, mais encore faut-il savoir dépasser les notions de travail, de profit et de propriété tels qu’on les connaît aujourd’hui depuis des décennies.

Si d’autres ont réussi à refaire le monde, pourquoi pas nous?

 

 

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