Attirer de nouveaux résidents? Plus complexe que ça paraît!

Pour une fois, Avenir HSF souligne un échec au lieu d’un bon coup. Il y a, en effet, toujours des apprentissages à retenir, car c’est dans les processus qu’on augmente notre capacité à agir, peu importe le résultat de l’action.

Un article publié dans Le Soleil du 9 octobre dernier, intitulé : « La grande séduction de Stéphane Gendron », relate l’échec du célèbre maire d’Huntingdon qui pensait « […] bêtement qu’on n’avait qu’à claquer des doigts pour attirer les immigrants ».

Et pourtant, Stéphane Gendron est allé bien au-delà d’un simple claquement de doigts.

  • il s’est déplacé en personne pour rencontrer des immigrants sur leur lieu de culte;
  • il leur a offert un crédit de taxes pour cinq ans, des maisons à 140 000 $ et même la construction d’une mosquée;
  • il les a valorisés, offert une visite guidée en autobus, un souper et des rencontres d’information.

Malgré tous ces efforts, seulement une dizaine d’immigrants ont accepté de le suivre « juste pour voir », un terrible échec pour Stéphane Gendron habitué à beaucoup plus de réussite que ça.

Peut-on tirer une leçon de cet échec particulier au-delà de la cible spécifique que sont les immigrants?

Prenons quelques instants afin de ramener notre réflexion à l’origine, à ce qui déclenche l’action. Un territoire connaît des pertes démographiques et on craint plusieurs effets dont :

  • la fermeture d’entreprises et de services (manque de main-d’œuvre et de clientèles);
  • les pertes fiscales municipales (moins d’entreprises et de citoyens);
  • l’absence de relève entrepreneuriale, politique et bénévole (exode des jeunes);
  • la dévitalisation du territoire à plus ou moins long terme.

L’attrait de nouveaux résidents semble être la solution pour contrer tous ces effets. Une solution rapide et à court terme, à l’image de notre société où tout doit se régler rapidement : puisque le vase se vide, vite remplissons-le!

Ne faudrait-il pas chercher à comprendre pourquoi il se vide, avant de le remplir?  Qu’est-ce qui fait que la population diminue? Que s’est-il passé?  Pourquoi sont-ils partis? Si certains sont partis, pourquoi d’autres arriveraient? Etc.

Toutes ces questions doivent trouver des réponses collectives (élus, citoyens et professionnels) et non individuelles. Si la communauté n’est pas informée du problème, si la communauté n’a pas bien compris le problème et toutes ses conséquences, si la communauté n’est pas arrivée à un consensus sur le choix d’une solution, les résultats seront toujours aléatoires, car il manquera toujours la force du groupe derrière les actions menées.

Dans ce cas précis, le maire Gendron déplore que les citoyens n’aient pas vu d’un bon œil l’arrivée d’immigrants.  À qui la faute? À celui qui fait sans les autres ou aux autres quand on fait sans eux?

En conclusion de cet échec, je retiens la leçon suivante : difficile d’attirer des néoruraux sans faire une réflexion collective préalable, sans discuter des craintes des locaux et sans volonté collective d’intégrer des néoruraux. À ce sujet, je vous invite à lire l’éditorial du Québec Rural (Octobre 2013, vol 22, #5) intitulé : « Aimons-nous quand même » signé de Claire Bolduc et dont voici un extrait:

Ce rurbain qui débarque en campagne arrive avec son lot de menaces. Se plaindra-t-il des odeurs de l’agriculture? Laissera-t-il l’accès à son terrain aux motoneigistes? Participera-t-il à la vie du village en cherchant à imposer ses idées ou, au contraire, s’isolera-t-il dans son chalet au bord de l’eau sans jamais dépenser un sou au commerce du coin, profitant de ses escapades en ville pour se réapprovisionner?

Et à ce nouveau citoyen rural, lui a-t-on raconté la fête annuelle au village? Lui a-t-on dit qu’il y est invité et que sa présence sera bien accueillie? Lui a-t-on expliqué la corvée que l’on fait une fois l’an pour améliorer notre milieu de vie ou encore ce concours de décoration ou d’embellissement? Lui a-t-on présenté l’histoire de notre village, ses batailles, ses héros, ses victoires et tous ces enjeux nouveaux aussi?

La peur de l’arrivée de ce projet a fait place à la volonté de s’affirmer et de fixer les règles de son implantation. […]  La peur transforme la nouveauté en menace. La confiance la transforme en occasion.

Et vous, retirez-vous d’autres leçons de cet échec du maire Gendron?

2 réflexions sur “Attirer de nouveaux résidents? Plus complexe que ça paraît!

  1. M. Gendron aurait dû participer à la journée de L’URQ consacrée à l’attrait de nouveaux résidents.
    Il aurait ainsi pu assister à la conférence de Chakda Yorn qui a partagé ses réflexions sur l’attrait de résidents en milieu rural.

    En résumé, le chercheur nous a appris que l’attrait de nouveaux résidents est une démarche complexe qui entraîne des modifications sociales, politiques, économiques, culturelles et environnementales. Les territoires doivent donc avoir une vision partagée afin de mettre en place une véritable stratégie intégrée qui prend en compte tous les aspects du changement.

    Je vous invite à consulter sa présentation, qui est très complète ici : http://urq2013.ca/sites/urq2013.ca/files/presentation_chakda_yorn_urq_10_sept_2013.pdf

    Et si l’attrait de nouveaux résidents vous intéresse, vous pourrez aussi consulter la présentation de Myriam Simard, qui se demande Qui attirer? et Comment attirer? ici : http://urq2013.ca/sites/urq2013.ca/files/presentationfin_urq2013-myriams.pdf

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s