La place des citoyens dans les décisions de développement

Dans plusieurs articles précédents, il est fait mention de la nécessaire coopération (travailler ensemble) entre les citoyens, les élus et les professionnels du développement afin de bâtir l’avenir de nos communautés et de notre territoire.

Pour certains, il est normal que les citoyens participent aux décisions qui concernent le développement territorial puisque les résultats de ce développement (la qualité de vie, le bien-être collectif) leur sont directement destinés. 

Pour d’autres, par contre, il faut remettre aux professionnels (experts) et aux élus (représentants des citoyens) le pouvoir de décider de l’avenir des territoires. 

Ces deux visions s’opposent et mettent en parallèle deux régimes politiques: la démocratie participative et la démocratie représentative.

Même si d’autres formes de démocratie existent, notamment la démocratie directe dans laquelle les citoyens exercent directement le pouvoir, regardons d’un peu plus près le terrain de « désentente » entre les deux visions opposées.

Commençons par un constat: en développement des communautés, malgré 30 ans d’expérience de démocratie participative, la démocratie représentative domine les processus décisionnels. Dans la plupart des cas, les décisions concernant l’avenir des territoires se prennent sans discussion ou débat public.  Ce sont les fonctionnaires municipaux, paramunicipaux et gouvernementaux, les élus et, parfois, des citoyens nommés, qui décident des orientations et des actions de développement à prendre.

Laurence Bherer, professeure de science politique à l’Université de Montréal, souligne, dans son article: « Cultiver le dialogue public-citoyen, les espoirs de changement associés à la démocratie participative » (paru dans la revue Développement social, de février 2012), les aspects positifs de la démocratie participative. Elle met notamment en relief trois points forts:

  1. Un dialogue public: c’est l’approche dite de délibération qui permet aux décisions publiques d’améliorer leur bien-fondé par la création d’un espace public de dialogue dans lequel chacun (élus, citoyens et professionnels du développement) est amené à exprimer clairement ses intérêts et à justifier ses positions. Ces espaces contribuent à élargir les perspectives de chacun, à promouvoir la tolérance des opinions divergentes et à développer une attitude positive à l’égard du bien commun.  Il est clairement démontré que la discussion publique permet de faire évoluer, voire de transformer, les opinions de façon notable. En d’autres termes,  les préférences individuelles ne seraient pas fixes, et, les opinions se formeraient au contact des autres, à travers l’échange et la discussion.
  2. Un renforcement de l’action collective et individuelle autonome: en s’engageant dans des forums participatifs, les citoyens apprennent les rouages de la vie politique et sont mieux à même de se forger une opinion libre et autonome, renforçant ainsi leurs capacités individuelles à agir en société, à entreprendre, etc.
  3. Une révision du rapport à l’expertise: dans l’exercice d’une démocratie représentative une séparation existe entre les citoyens (observateurs et parfois consultés) et les experts (décideurs). D’un côté les experts discréditent les propositions des citoyens en raison de « l’incompétence » de ceux-ci; de l’autre côté, on reproche aux experts, d’une part, d’avoir des intérêts à préférer certaines solutions plutôt que d’autres (prestige personnel, carrière, collusion, etc.), et, d’autre part, de travailler dans des organisations bureaucratiques insensibles aux besoins des citoyens et peu efficaces de par leur lourdeur administrative. Or, il est démontré qu’en démocratie participative, les espaces publics de dialogue ont contribué à établir des partenariats entre experts, élus et citoyens afin de clarifier des enjeux controversés et de trouver des solutions adaptées et heureuses pour tous. À titre d’exemples, les forums participatifs sur la survie des écoles de village et la création d’écoles axées sur les besoins de la communauté ont permis des partenariats efficaces entre experts et citoyens.

Bien que délicate à mettre en place, la démocratie participative a fait ses preuves et demeure un vecteur de changement social majeur pour le développement de nos territoires. Sans cette démocratie participative, le développement territorial tourne et tournera toujours au ralenti.

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